Antoine Naël

le cas d'AFNOR illustre le rôle que peuvent jouer les institutions académiques dans l’accompagnement des organisations.

Publié le 09/06/2026 - Mis à jour le 09/06/2026

Directeur de projet – Responsable solutions numériques, AFNOR

À l’heure où l’intelligence artificielle générative s’impose comme un sujet stratégique dans les organisations, la question de la formation des équipe devient centrale. Mais face à une offre souvent jugée inadéquate, certaines entreprises font le choix de s’appuyer sur des partenaires académiques pour construire des dispositifs sur mesure. C’est le pari qu’a fait AFNOR avec Sorbonne Université. Un retour d’expérience qui éclaire les conditions de réussite d’une telle démarche.

Former autrement à l’ère de l’IA

En 2023, AFNOR se trouve confrontée à une double tension : d’un côté, l’irruption rapide de l’intelligence artificielle générative dans les pratiques professionnelles ; de l’autre, une inquiétude grandissante des collaborateurs quant à l’avenir de leurs métiers. Pour Antoine Naël, représentant de l’organisation, il devient alors impératif d’accompagner les managers, en première ligne pour porter les transformations.

Problème : l’offre de formation disponible ne répond pas aux attentes. « Nous étions face à des propositions soit très techniques, centrées sur des approches statistiques difficilement accessibles, soit à l’inverse très superficielles, presque gadget », résume-t-il. Dans ce contexte, AFNOR se tourne vers Sorbonne Université, séduite par une approche fondée sur l’expertise académique et la profondeur des contenus.

L’objectif n’est pas simplement de former à un outil, mais de permettre aux managers de comprendre, d’expliquer et d’incarner les transformations liées à l’IA auprès de leurs équipes.

Une co-construction au cœur du dispositif

L’un des éléments clés du succès du programme réside dans sa conception. Loin d’une formation standardisée, le dispositif a été co-construit avec les experts de Sorbonne Université en intégrant dès l’origine les spécificités culturelles et les enjeux stratégiques d’AFNOR.

Cette logique de sur-mesure se traduit également dans le déroulé pédagogique. Chaque session intègre un temps dédié à la présentation des initiatives internes d’AFNOR en matière d’intelligence artificielle. Une manière de relier les apports académiques à la réalité opérationnelle de l’entreprise, et d’ancrer les apprentissages dans des cas concrets.

Le programme s’est déployé à plusieurs niveaux :

  • Un atelier spécifique de 1h30 pour le comité exécutif, réunissant une dizaine de personnes.
  • Des sessions en présentiel de quatre heures pour environ 120 managers intermédiaires, organisées dans les locaux de Sorbonne Université.
  • Des webinaires complémentaires de 1h30 à 2h destinés aux équipes non managériales.

Ce dispositif multi-format permet de toucher l’ensemble de l’organisation, tout en adaptant les contenus aux différents niveaux de responsabilité.

Le rôle déterminant du cadre universitaire

Un élément souvent sous-estimé dans les dispositifs de formation ressort avec force dans ce retour d’expérience : l’impact du lieu. Le choix d’organiser les sessions en présentiel dans les locaux de Sorbonne Université n’est pas anodin.

Selon Antoine Naël, ce cadre a favorisé un « effet de décentrement » chez les participants. Sortis de leur environnement professionnel habituel, les managers se montrent plus disponibles intellectuellement, plus enclins à questionner leurs pratiques et à s’engager dans la réflexion.

Ce changement de contexte contribue également à valoriser la formation elle-même. Les participants ne la perçoivent plus comme une obligation, mais comme une opportunité de développement, portée par une institution reconnue.

Des effets visibles sur les représentations et les pratiques

Au-delà de la satisfaction des participants, les effets de la formation se mesurent surtout dans l’évolution des représentations. L’un des apports majeurs du programme a été de déconstruire le mythe de « l’outil magique » capable de remplacer l’humain.

Les managers repartent avec une compréhension plus nuancée de l’intelligence artificielle, mais aussi avec une capacité accrue de réflexivité : ils interrogent davantage leur propre rapport à l’outil, ses usages, ses limites et ses implications.

Autre effet notable : l’émergence d’une communauté interne de managers formés au coaching, qualifiés d’« angels », capables d’accompagner leurs pairs sur les questions liées à l’IA. Une dynamique qui dépasse le cadre de la formation pour s’inscrire dans la durée.

Si le lien direct entre la formation et les initiatives concrètes en matière d’IA reste difficile à quantifier, Antoine Naël estime néanmoins qu’elle a contribué à créer un terreau favorable à leur développement.

Les conditions de réussite d’une formation sur mesure

L’expérience d’AFNOR met en lumière plusieurs facteurs clés de succès pour les organisations souhaitant déployer une formation sur mesure avec un partenaire académique.

D’abord, le portage politique. La formation n’a pas été présentée comme une simple action de montée en compétences, mais comme un levier stratégique permettant aux managers d’incarner les transformations auprès de leurs équipes. Cet engagement de la direction a fortement contribué à l’adhésion des participants.

Ensuite, la co-construction du programme avec les experts. En intégrant la culture et les objectifs de l’entreprise, la formation gagne en pertinence et en impact.

Le choix du présentiel, dans un environnement universitaire, constitue également un facteur différenciant, en favorisant l’engagement et la qualité des échanges.

Enfin, la qualité des contenus joue un rôle déterminant. Ancrés dans les dernières avancées de la recherche, régulièrement mis à jour, ils permettent d’éviter l’écueil des formations rapidement obsolètes sur un sujet en évolution constante.

L’exigence comme marque de valeur

Fait intéressant, les rares points d’amélioration identifiés ne remettent pas en cause la structure du dispositif. Certains participants ont pu décrocher ponctuellement face à la densité des contenus. Mais loin d’être perçue comme un défaut, cette exigence est considérée comme constitutive de la valeur de la formation.

Dans un contexte où les offres de formation tendent parfois à simplifier à l’excès des sujets complexes, cette approche exigeante apparaît comme un véritable différenciateur.

Un modèle inspirant pour les responsables de projet

Pour les responsables de projet confrontés à des enjeux de transformation — qu’ils soient liés à l’intelligence artificielle ou à d’autres mutations technologiques — le retour d’expérience d’AFNOR offre un enseignement clair : investir dans une formation sur mesure, co-construite avec un partenaire académique, peut constituer un levier stratégique puissant.

Au-delà de la transmission de connaissances, ce type de dispositif permet de transformer les représentations, de structurer une culture commune et de créer des dynamiques internes durables.

Dans un environnement où la vitesse d’évolution des technologies impose une adaptation constante, la capacité à s’appuyer sur des expertises de pointe, tout en les articulant avec les réalités de l’entreprise, devient un avantage décisif.

Sorbonne Université, par son positionnement à l’interface entre recherche et application, illustre ainsi le rôle que peuvent jouer les institutions académiques dans l’accompagnement des organisations.

Une perspective qui mérite d’être sérieusement envisagée par les responsables de projet en quête de solutions de formation à la fois exigeantes, pertinentes et adaptées à leurs enjeux spécifiques.