Le Muséum sur le terrain : le projet BeeCON explore les liens entre pratiques de récolte du miel et conservation des abeilles
En août 2026, une équipe du Muséum national d’Histoire naturelle part en mission de terrain en Indonésie, dans le cadre du projet BeeCON (financé par l’Agence nationale de la recherche). Son objectif : comprendre comment les pratiques socioculturelles de récolte du miel influencent la conservation d’Apis dorsata, une abeille migratrice géante d’Asie du Sud-Est, essentielle à l’équilibre des écosystèmes forestiers.
Les changements d’usage des sols transforment rapidement les paysages indonésiens et fragilisent la biodiversité locale. Cette évolution touche aussi directement les communautés qui vivent en lien étroit avec leur environnement. Face à ce constat, le projet BeeCON défend l’idée que les savoirs écologiques traditionnels, souvent absents des politiques de conservation, jouent pourtant un rôle clé dans la résilience sociale et culturelle des populations concernées.
Pour le démontrer, l’équipe adopte une approche résolument interdisciplinaire. Sciences humaines, botanique et génomique se croisent pour analyser deux pratiques emblématiques : la chasse traditionnelle au miel et l’apiculture sur chevron (une technique consistant à disposer une planche ou un tronc incliné pour attirer les essaims), toutes deux replacées dans leur contexte culturel, social et écologique. En parallèle, les chercheurs étudient la génétique et l’habitat d’Apis dorsata afin de mesurer l’impact de ces pratiques, combiné aux pressions environnementales, sur la nidification, la diversité génétique et la conservation de l’espèce.
Cette mission produira des données multidimensionnelles inédites sur les interactions entre abeilles sauvages et pratiques humaines. À terme, elles doivent nourrir des stratégies de gestion durable capables de concilier préservation de la biodiversité et maintien des activités locales.
Ce type de recherche de terrain, à la croisée de l’ethnobiologie, de l’écologie et des sciences du langage, s’appuie sur des méthodes que le Muséum enseigne aussi dans ses formations continues. C’est le cas de La langue dans tous ses états : diversité, évolution et interactions, une formation de 30 heures (5 jours) proposée par le MNHN au sein de l’Alliance Sorbonne Université, qui aborde notamment la préparation au terrain en milieu isolé et le rôle de la langue dans les enquêtes ethnobiologiques et l’écologie sociolinguistique.
